L'histoire d'une rencontre XTRÄ-ordinaire : octobre 2004
Au-dessus du fleuve qui traverse la ville, le ciel laisse peu à peu décliner les couleurs d'un soleil couchant : les lumières de la ville défilent à vive allure... Alors que la campagne se rapproche, nous virevoltons tel un tourbillon entre ciel et terre... Un champ de culture défile en rase motte... Noir soudain et silence. La voie lactée apparaît progressivement... Au loin, le vrombissement d'un moteur accompagne un large halo lumineux qui s'arrête à proximité... Ivre et grommelant, un paysan descend péniblement de son tracteur : cheveux ébouriffés, mal rasé, il avance en titubant vers ce qui semblerait être un cratère...
LE PAYSAN (en colère - hoquetant) : ...Qu'est-ce que c'est que ce - hic ! ...que cette affaire-là !? (scrutant autour de lui) ...Hic ! Encore un coup des raveurs à la con !? ...J'vais - hic ! m'fâcher, les gars ! ça va ch'...
Un sifflement aigu l'interpelle. Hagard, il se retourne vers le cratère d'où jaillit une lumière clignotante multicolore : il reste tétanisé ; derrière lui, trois étoiles filantes passent dans la voie lactée... La lumière fluorescente s'intensifie, s'élève et passe au-dessus de lui : les yeux exorbités, il bafouille, porte la main à son coeur et, après un dernier râle, il s'écroule en arrière... La cime des arbres défile rapidement dans l'éclat du soleil. Une jeune femme en VTT et tenue de sport gravit une côte en position de danseuse... Une Méhari décapotée descend à vive allure la route sinueuse : au volant, Riton s'agite sur le swing d'un jazz manouche : il a la quarantaine, les cheveux longs, coiffé d'un chapeau de cowboy, le visage typé amérindien... Concentrée, la jeune femme change le rapport de vitesse de son pédalier et accélère... Riton se récure le nez et rétrograde une vitesse pour permettre à sa vieille Méhari l'ascension de cette petite route forestière. Regardant dans son rétroviseur, il ouvre de grands yeux et pousse un petit cri de stupéfaction. La jeune femme, en danseuse sur son VTT, double la Méhari en saluant Riton. Alors qu'elle s'éloigne, Riton se lève dans sa voiture roulant presque au ralenti :
RITON (petite voix nasillarde) : ...Ouais ! mais moi, j'ai pas besoin de m'entretenir pour plaire ! (solennel) ...J'me suffis à moi-même !!
LA JEUNE FEMME (au loin) : ...Alors, bon courage !
Riton saute par-dessus la portière de sa Méhari décapotée et marche à côté d'elle : Riton mesure un mètre cinquante et il porte des éperons à ses bottes...
RITON (à sa voiture) : ...Et toi, faut que je te pousse ?!
La Méhari descend à bonne allure un vallon forestier : après le virage, Riton crit en donnant un coup de volant sur la gauche. La Méhari fait un écart pour éviter le paysan qui déambule au milieu de la route : il est désormais chauve, le regard fixe devant lui, la démarche maladroite... La roue avant gauche de la Méhari s'arrête au bord du fossé, la plaque d'immatriculation : 5150 ET 44, Riton saute par-dessus sa portière...
RITON (en colère) : ...Mais il est frappé, c'machin là !!
Les éperons étoilés tintent à chaque pas : ses bottes sont en cuir rouge patiné, leur pointe ferrée se relèvent comme des skis... elles s'arrêtent devant les bottes en caoutchouc vert du paysan. La Méhari est très mal garée dans la montée, le champ voisin part en contrebas, quelques toitures émergent de la forêt : la main de Riton apparaît pour claquer deux fois des doigts, il toise le paysan en restant proche de lui...
RITON (sévère) : ...Il cherche à s'faire écraser, ou à retourner en ville ?!
LE PAYSAN (souriant, baissant les yeux vers Riton) : ...Tact-con !
Interloqué, Riton fait quelques pas devant le paysan immobile qui le regarde...
RITON (résigné, revenant vers lui) : Ok, je vois ! T'es en soins intensifs... et t'as pris la tangente parce que t'avais pas l'droit aux filles !? J'comprends. Mais si tu restes là, le contact comme tu dis, ça risque fort d'être le dernier. Alors, j'vais t'ramener à Sainte Renée et toi, tu vas rester bien cool !
Riton le saisit par le bras et l'emmène vers la Méhari : ravi, le paysan le suit... Alors qu'ils s'éloignent, nous rejoignons la cime des arbres...
LE PAYSAN (off) : ...Bien cool !
RITON (off) : ...Content que ça t'plaise !
A travers la cime des arbres apparaît le parc d'un château du XVIIIe siècle où quelques malades se baladent en pyjama... La Méhari s'éloigne dans l'allée principale : une plaque dorée indique Clinique Renée Saintoine... La porte d'entrée s'ouvre et le directeur, la cinquantaine élégante, l'allure stricte, s'avance sur le perron :
LE DIRECTEUR (hautain) : ...C'est à quel sujet ?!
Devant les marches du perron, Riton désigne le paysan qui observe le château :
RITON (content de lui) : J'vous en ai retrouvé un ! Il traînait sur la route. Il a dû s'échapper de votre potager, ou quelque chose comme ça : il pue le céléri à dix mètres !
LE DIRECTEUR (observant le paysan) : Ce monsieur ne fait pas parti de notre établissement. Et nous sommes complet. Contactez les pompiers ou l'hôpital général. Et arrêtez de nous faire chier. Merci !
Le directeur repart et ferme la porte derrière lui. Riton est stupéfait :
RITON (interpellant à vive voix) : Et j'en fais quoi, moi ? Vous êtes une clinique, bordel !!
Le directeur réapparaît par l'entrebaillement de la porte :
LE DIRECTEUR : Bordélique, peut-être. Mais privée ! (la porte claque)
RITON (navré) : En tout cas, la connerie est universelle. Privée ou pas !
Le paysan rejoint Riton devant le perron et lève la voix :
LE PAYSAN (le ton mécanique) : Qu'est-ce que c'est que ce hic, que cette affaire-là !?
RITON (retournant à sa voiture, énervé) : Oui, bah t'emmêles-pas ! J'te dépose en ville au milieu de tes semblables et bon débarras ! ...Si j'vis tout seul, c'est justement pour m'mettre à l'abri de ce genre de mentalité !
LE PAYSAN (souriant en suivant Riton) : ...Apprendre, communiquer !
Riton ouvre la portière et s'installe au volant de sa Méhari :
RITON : On communique pas avec des murs. Et j'suis allergique aux abrutis. (il démarre) ...Allez, montes !!
La Méhari roule sur une départementale à travers les vignes... Riton fronce les sourcils, le paysan l'observe en souriant béatement...
LE PAYSAN : ...Faire connaissance amicale avec nouveau contact.
RITON (méfiant) : ...Tu vas pas m'embrouiller la tête, toi maintenant, hein !?
LE PAYSAN : ...Esprit : fusionnel. Language : lointain.
RITON : ...T'es tombé de ton tracteur, mon gars. T'inquiètes-pas, j'vais te déposer à l'hosto. Ils vont te faire des radios d'la tête et tu retourneras dans le privé !
LE PAYSAN (satisfait) : ...La connexion est tangible. Je remercie toi pour l'intervention à ma personne. Je suis de bon vouloir en intention. J'analyse vos degrés de réflexion pour une bonne interprétation avec toi !
Inquiet, Riton le dévisage, regarde la route, le dévisage encore...
RITON : ...J'préférais p't'être quand tu te taisais, en fait !
LE PAYSAN (souriant) : ...Je me nôme Go-ofrt ! ...Je suis dans une autre planète.
RITON : ...Et bien comme ça, ça nous fait un point en commun.
LE PAYSAN : ...J'arrive d'un autre galaxie. Autre système solaire.
Perplexe, sans regarder la route, Riton dévisage l'Extra-paysan un moment...
L'EXTRA-PAYSAN : ...Capsule en panne de silicate liquide. Energie propulsion individuellle. Besoin de résiduel magmatique refroidit. A disposition, ici !
RITON : J'comprends rien à ton charabia ! ...Tu travailles dans quoi au juste ?
L'EXTRA-PAYSAN : ...Je cultive les champs magnétiques. Eclaireur volontaire, quatrième grade, pour mission découverte intergalactique. J'ai aptitude pour apprendre et commu-niquer ! Bon contact !
RITON (s'esclaffant) : Ah ! t'es extra, toi... T'apprends ma langue en deux secondes et tu tombes en rade en pleine cambrousse ?! ...Va falloir que tu trouves aut'chose !!
Toujours souriant, l'Extra-paysan avance ses mains vers le moteur du véhicule et les repose devant lui : la Méhari se retrouve en "roues libres", silencieuse...
RITON (abasourdit) : ...Ôh ! ...Elle m'avait jamais fait ça, la garce !
Alors qu'il essaie de redémarrer, la Méhari s'immobilise au milieu des vignes. Riton tapote nerveusement sur son volant :
RITON : ...Et tu vas m'faire croire que c'est toi qu'a calé ma caisse ?!
L'Extra continu de lui sourire : Riton préfère regarder les vignes à côté de lui...
RITON (mauvais) : Si c'est vrai ton histoire, t'as deux minutes pour réparer ta connerie !!
Le visage de l'Extra se durcit. Ses mains avancent vers le capot : le moteur patine. Riton fait la moue :
RITON : ...T'es pas plus extraterrestre que moi une star de ciné !
L'Extra avance la main vers Riton qui se fige : d'abord gémissant, il balance ensuite tout un tas de jurons en serrrant les dents... L'Extra pointe son index sur Riton qui, libéré, reprend une grande bouffé d'air...
RITON (d'abord énervé) : ...T'es complètement givré, ma parole !! (il s'arrête, stupéfait) ...Oh ! ...Qu'est-ce que tu m'a fait ? Je sens plus rien... ça fait quinze jours que j'trimbalais une patate au fion : une hémorroïde phalloïde. (ricanant) Tu m'as débouché le trou de balle. Nickel chrome ! (lui tapant amicalement sur l'épaule) ...T'es mieux qu'un suppo, mec !
L'EXTRA (souriant) : ...Bien cool !
Au milieu des vignes, Riton et l'Extra-paysan poussent désormais la Méhari...
RITON (off) : ...Elle est plus capricieuse qu'une gonzesse, mais j'ai les moyens de m'en payer une autre. Maintenant, c'qui faut, c'est une descente. (...) On peut p't'être le tirer, ton vaisseau . J'connais un pote, qui connaît un pote, qu'à un tracteur...
Arrivant de loin, la Méhari roule à bonne allure entre les vignes et les pâturages...
RITON (off) : ...Et alors, il marche à quoi ton bolide ?
L'EXTRA (off) : ...Transformation moléculaire fluorescente gravitant par champ magnétique.
RITON (off) : ...Ah ouais ! ...C'est une panne de dynamo ?
L'EXTRA (off) : ...Non. C'est plus technique. Faut avoir les connaissances requises.
RITON (off) : ...C'est ça ! fouts-toi de ma gueule et j'te largue dans le fossé, moi ! ...Si tu veux que je t'aide à repartir, va falloir te mettre à ma portée. Et sans entourloupe. Alien ou pas !
...La Méhari ralentit en arrivant à une intersection. Alors que Riton surveille la route avant de s'engager, l'Extra se lève dans le véhicule en regardant vers le haut : intrigué, Riton l'observe et, regardant dans la même direction, fait la moue... En contre jour, le Christ sur la croix domine un calvaire constitué de quatre promotoires en pierre pour quatre statues bibliques : détails sur la crucifixion...
L'EXTRA (choqué) : ...Mais qu'est-ce que cela signifie, Riton ?
RITON (embarrassé) : ...C'est un gars qu'a pas eu de bol ! Ceux qui parlent avec leur coeur ou leur tripes risquent, ici-bas, de finir tout seul... Jésus, j'te présente un extraterrestre. L'Extra, j'te présente le fis de Dieu... Et lui, ça fait deux milles ans qu'on essaie de comprendre ce qu'il a voulu dire !
L'EXTRA (navré) : ...L'homme peut faire du mal à un autre homme ?
La Méhari s'engage sur la droite et s'éloigne vers un bois... Une des statues du calvaire représente un légionnaire romain : derrière lui s'étend les vignes et un ciel dégagé...
RITON (off) : Ola ! Il s'est modernisé, depuis. Et pour ce qui est de la tuerie de groupe, il a même l'imagination fertile. L'humain se méfie de tout et veut tout contrôler. C'est pour ça que si les flic te trouvent, avec la tête que t'as, ils vont te passer au crible. Et ça servira à rien de les convaincre, ils sont bouchés de partout ! ...On a plutôt intérêt à s'faire oublier...
Observant le ciel, un agent de la police municipale s'essuie le front avec un mouchoir et remet son casque. L'homme se trouve à côté du tracteur, dans le champ du paysan : il a les cheveux grisonnants et l'air sévère... Mains sur les hanches, l'agent reste perplexe devant un cratère d'une dizaine de mètres...
L'AGENT MUNICIPAL : ...Mais qu'est-ce qu'il a encore foutu !?
Intrigué, il regarde à ses pieds, se penche... se redresse avec une poignée de cheveux : il écarquille les yeux... La Méhari descend un lacet vers le bois...
L'AGENT MUNICIPAL (off-à la radio) : ...Le tracteur est à plat et le bonhomme est absent. Je poursuits mes investigations en ville à la recherche d'un témoin. Terminé.
...Elle passe à côté d'une petite chapelle datant du XVème siècle, enclavée dans le vallon forestier...
L'EXTRA (off) : ...Tu veux dire que je suis en danger ici, Riton ?
RITON (off) : ...L'affaire de Jésus, c'est le crime le plus médiatique de l'humanité. Alors, j'te laisse imaginer pour un extraterrestre ! ...J't'explique deux, trois trucs et tu te casses dire aux autres qu'il vaut mieux éviter le coin. Et pour ça tu peux m'faire confiance !
La Méhari sort du bois et roule en direction d'un plan d'eau...
L'EXTRA (off) : ...Remerciement pour ta clémence, Riton.
RITON (off) : ...Y a pas de quoi, la gaufre.
L'EXTRA (off) : ...Go-ofrt.
RITON (off) : ...Gaufre ou kebab, de toute façon j'suis pas raciste. Mais, c'est sûr que si t'avais eu la tête d'E.T., tu serais resté collé à la roue de ma bagnole !
...La Méhari se gare à côté d'une caravane, agrémentée d'un barnum, installée face au plan d'eau... Riton et l'Extra sont attablés à côté d'une bouteille de "Gros plan"...
RITON (levant son verre) : ...C'est pour faire connaissance amicale avec nouveau contact ! Une tradition dans la maison de Riton... Et un gars qui fait de la télépathie anale peut pas être un mauvais bougre ! (il boit)
Assis face à lui, l'Extra examine son verre, regarde Riton en souriant et boit : à la première gorgée, il suffoque, puis rote et des volutes violettes s'échappent de ses oreilles... Riton s'esclaffe dans son verre...
RITON (hilare) : ...Bah mon cochon ! ça t'fait de l'effet notre carburant naturel, hein ?! ...Et comment que ça s'fait que tu nous ressembles ?
L'EXTRA : ...J'ai emprunté cette enveloppe humaine.
RITON (intrigué) : ...Tu l'as quand même pas trucidé !?
L'EXTRA : ...Trucidé ?
RITON (s'énervant) : Bah oui ! flingué, zigouillé, bousillé... le descendre, quoi !
L'EXTRA : ...Non. C'était déjà au sol. Inhabité et encore chaud.
RITON : Peut-être ! mais ça s'fait pas de prendre les enveloppes des autres... (il finit son verre) T'aurais pu tomber sur un timbré !
L'EXTRA (gêné) : ...C'était en plein cambrousse. A côté d'une vieille machine...
RITON : ...Et comment que t'aurais fais si t'étais tombé à la baille ? (souriant) Pire ! à Disney Land ?! L'attraction du siècle. Alors là, tu prenais un missile direct en pleine poire ! ...Si ça s'trouve, ils te cherchent déjà...
L'agent municipal, en scooter, se trouve arrêté à côté de la jeune femme, en VTT, à l'entrée d'une zone artisanale...
LA JEUNE FEMME : ...Non, le seul que j'ai croisé depuis ce matin, c'est Henri, en voiture. Celui qui s'est fait tabassé à la kermesse...
L'AGENT MUNICIPAL : ...Et que seul votre témoignage a innocenté, du reste !
LA JEUNE FEMME : ...Ce qui ne vous a pas empêché de l'arrêter. Alors que les autres n'avaient pas besoin de boire pour être vulgaire !
L'AGENT MUNICIPAL : ...Encore un problème d'alcoolique. Un point commun avec mon disparu... S'il n'y avait pas ces gugus-là, on les aurait nos trente-cinq heures !
LA JEUNE FEMME : ...Riton avait seulement l'air d'être en panne et prenait ça avec humour.
L'AGENT MUNICIPAL : ...Et bien souhaitons qu'il l'aura gardé quand j'arriverai chez lui. Certaines rencontres peuvent parfois laisser des traces !
...L'agent municipal démarre son scooter et fait demi-tour alors que la jeune femme contourne le rond-point où est édifié la réplique d'une soucoupe volante entouré par quatre astronautes blancs... La tête chauve de l'Extra ressemble à une planète...
L'EXTRA (off) : ...Pourquoi la planète bleue serait-elle inhospitalière ?
RITON : ...Parc'que beaucoup de gens se considèrent supérieur aux autres ! D'après nos têtes pensantes, y aurait deux niveaux de populace. Ceux d'en haut qui pensent qu'en bas, on peut toujours faire mieux. Et ceux d'en bas qui pensent qu'en haut, ça peut pas être pire ! C'est d'la politique. Et plus c'est complexe, plus y a de la manipulation... Le but, c'est que tout le monde suive sans faire de vague. Et moi, ça me fout la nausée ! (il finit son verre)
L'EXTRA (tendant sa main vers Riton) : ...Avant de partir, je peux dupliquer ton empreinte spirituelle, Riton. Le transfert guérit les maux, et je gagne en connaissance humaine.
RITON (perplexe) : ...J'sais pas où tu veux en venir, mais fais gaffes quand même, j'ai la châtaigne facile.
La main de l'Extra saisit celle de Riton : le contact déclenche un arc électrique violacé. Apeuré, Riton retire aussitôt sa main alors que l'Extra cherche à le rassurer :
L'EXTRA : Ton flux neurologique accentue mon champ magnétique...
RITON : Oui et bien faudra te contenter de mon degré d'humour ! J'te dépanne avec ton engin, mais ça s'arrête là. Faut pas croire qu'on va devenir des intimes ! ...Qu'est-ce qu'il te faut pour décoller, parce-que j'bricole un peu avec les gars du coin ?
L'EXTRA (souriant) : ...De magma.
RITON (amusé) : ...Pas de problème. J'ai une pelle, tu peux commencer à creuser !
L'EXTRA : Le résiduel magmatique refroidit s'appelle aussi : roche volcanique.
RITON : ...Ah oui !? D'la roche volcanique, en pleine cambrousse ? ...Même les manouches, ils ont pas ça ! ...A part la carrière de la Roche Ballue... C'est pas simple ton truc !!
La Méhari roule à bonne allure sur une départementale qui longe la Loire...
RITON (off) : ...J'connais un vieux qui connaît un tas de trucs. Y paraît que c'était un écrivain dans l'temps. Une histoire de fesse lui a fait boire la tasse, et maintenant il mate le cul des chopines.
L'EXTRA (off) : ...Je comprends ton language à image, Riton.
RITON (off) : ...C'est parc'qu'on a la même boîte à idée, la gaufre. Et ils sont pas nombreux à faire l'effort ! Toi, ça va. T'as pas l'air trop con pour un extraterrestre. Tu ressembles pas aux pantins du cinoche !
L'EXTRA (off) : ...J'ai égale affection pour toi, Riton ! ...Et ton endroit est bien cool.
...La Méhari passe devant la raffinerie de Donges qui, sur l'autre rive, étend son imposante usine aux cheminées fumantes... L'agent municipal s'approche de la caravane fermée en appelant Riton sans succès... Perplexe, il observe les alentours... Riton et l'Extra marchent désormais dans une ruelle calme et ensoleillée du bourg...
RITON : ...Bon, maintenant tu branches tes capteurs sensitifs et t'écoutes bien c'que j'te dis ! Pour moi, ça c'est mal passé la dernière fois en ville. Y a eu embrouille au bal et distribution de calottes... Parc'que les gens n'aiment pas les étrangers, ou ceux qui vivent pas comme eux !
L'EXTRA : ...Un autre conflit relationnel ?
RITON : Oui ! Et un jugement éclair, pas clair. Pour moi, trois mois de sursis et de mise à l'épreuve, sans preuve ! Et là où j't'emmène, c'est un vivarium de crétins. Une neurcerie de cons ! Alors, tu t'fais tout petit et tu prends pas contact avec les autochtones. Ok !? Ici, les terriens sont pas extra, tu piges ? ...Allez viens ! (ils s'éloignent)
La porte vitrée du café s'ouvre, Riton précède l'Extra : ils restent un instant à observer les lieux, Riton méfiant et l'Extra souriant... Accoudés au bar et prenant l'apéro, cinq types se tournent vers l'entrée : l'un d'eux est un solide gaillard à la voix grave...
LE GAILLARD (s'adressant à ses comparses) : ...Tiens, v'là un mètre douze ! (rires des autres)
Riton s'éloigne dans l'arrière salle du café alors que l'Extra reste devant l'entrée...
RITON (mauvais) : ...Cinquante-sept. Comme le résultat de ton Q.I. du con !!
Ricanements. Assis dans son coin, un ancien, mal vêtu et l'air absent, fixe sa chopine de blanc. Le gaillard finit sa bière et fait signe au patron, un costaud barbu, de remettre la tournée, puis il se tourne vers son voisin...
LE GAILLARD (imitant Riton) : Salut Miss ! J'suis tout p'tit, mais question danse, j'assure !!
...L'assemblée rit de bon coeur. L'Extra les observe en fronçant les sourcils, il a un renvois gastrique et des volutes de fumée s'échappent de ses oreilles :
L'EXTRA (méfiant) : ...Je sens des ondes, très négatives... Pas bon !
...Intrigué, un deuxième type de la bande s'approche de l'Extra :
LE DEUXIEME TYPE : ...C'est marrant, mais j'ai l'impression de te connaître, toi !?
Riton revient à côté du deuxième type et le toise malgrè la différence de taille :
RITON : Ouais, il arrive de Sainte Renée, comme toi. Alors, lâches-nous la grappe. (désignant le bar) Y a ton Ricard qui s'réchauffe !
LE GAILLARD (s'approchant, menaçant) : Tu seras moins fier quand on t'aura expulsé, Riton ! Tu déranges les honnêtes gens. Ceux qui travaillent, qui payent des impôts, qui veulent sortir avec leur dame au bal sans être emmerdés par les romanos !!
La troupe se rassemble derrière le gaillard, ils ont tous le regard mauvais. Souriant, Riton lui répond :
RITON : C'est vrai que t'es un bel exemple d'intégration, toi ! Et t'as pas mal au bide à force de t'faire chauffer par l'système ? Sans doute pour ça que t'as besoin d'jouer les virils. Avec bobonne aussi, surement !?
LE GAILLARD (retroussant ses manches) : C'est pas un ratier de ton espèce qui va me donner des leçons !
Les autres types retiennent le gaillard et cherchent à calmer le jeux alors que Riton s'apprète à se battre : l'Extra, perturbé, tend la main vers le groupe qui se fige aussitôt, tout le café reste ainsi figé...
RITON (excité comme un môme) : C'est génial ton truc, l'Extra ! (brandissant le poing vers le gaillard) ...C'est fiable, là ? On peut y aller ?!
L'Extra pointe son index vers Riton qui suspend son geste...
L'EXTRA : Non, Riton. C'est pas la solution au problème.
RITON (se tournant vers l'Extra) : ...Peut-être, mais y a des fois, ça soulage ! Et puis, t'en sais quoi de mes problèmes ? (lui désignant l'ancien) ...Viens plutôt résoudre le tiens !
Les deux compères s'avancent dans l'arrière salle alors que le groupe est toujours figé dans son action... Riton s'assoit face à l'ancien, lui aussi figé, le regard tourné vers le groupe :
RITON : Eh, l'écrivain !? Arrêtes ta nébuleuse, faut que j'te cause...
Riton claque des doigts devant l'ancien qui n'a aucune réaction...
RITON (se tournant vers l'Extra) : ...Eh, l'Extra ! Faut le rebrancher lui, sinon j'parle tout seul !
L'Extra tend son index vers l'ancien : celui-ci recouvre ses esprits et, effaré, observe le café où tous sont immobiles. Riton claque des doigts devant lui :
RITON : ...T'inquiètes-pas, c'est l'pinard. Et ça t'donnera un thème pour ton prochain bouquin. Dis-moi, où est-ce que je peux trouver d'la roche volcanique, dans l'coin ?
L'ECRIVAIN (regardant le groupe d'hommes) : ...Dans les chiottes !
RITON (abasourdit) : ...Il est encore plus atteint que j'croyais !
L'ECRIVAIN (regardant Riton) : ...La solution n'est pas touours là où on l'attend !
RITON (se levant de table) : Ben, excuses-moi de t'avoir réveillé, mon gars. Mais, si tu veux les vendre un jour tes bouquins, va falloir t'simplifier la vie ! (se dirigeant vers l'Extra) ...Allez ouste ! Un coup dans l'eau. Viens, on va aller voir l'instit !
Alors que Riton et l'Extra s'éloignent, l'écrivain écarte son verre de vin :
L'ECRIVAIN : ...Oui. A l'école, le bac décanteur de la fosse septique utilise des billes de roches volcaniques pour filtrer la merde...
Sur le point de sortir du café, Riton et l'Extra se retourne vers l'écrivain...
RITON (stupéfait) : ...Mais où est-ce qu'il va chercher tout ça !?
L'EXTRA (désignant les autres) : ...Je dois les libérer maintenant, Riton. Je sens des défaillances.
RITON : Cardiaques, j'espère !? C'est leur bêtise qu'est en surpression ! On court d'abord, tu les libères ensuite.
...Tous les deux quittent le café et disparaîssent dans la rue... Des enfants jouent entre les adultes qui regardent les étals de brocantes : sur la place de l'église un vide grenier bat son plein... Alors que l'ambiance est conviviale, la foule s'immobilise dans une parfaite synchronisation... La Méhari longe la place pour disparaître derrière l'église, ensuite la foule reprend naturellement son activité... Riton et l'Extra sont désormais derrière un grillage au sommet d'une carrière, observant la ville qui apparaît au loin...
L'EXTRA : ...Nos échanges ne pourraient pas élever l'esprit humain ?
RITON : ...Le rendre plus extra-terrestre, quoi ! ça va être très difficile... Si je t'aide, c'est justement pour t'éviter d'être contaminé. Car le virus de la planète, c'est l'homme. Y a pas plus résistant que la bêtise humaine...
Riton lui prend le bras et ensemble ils s'éloignent le long du grillage...
RITON : ...Et moi, j'vais m'faire les chiottes de l'école pour sortir un extraterrestre de la merde. Et tu sais pourquoi ?
L'EXTRA : ...Non Riton.
RITON : Parc'que t'es tombé sur le seul couillon d'la planète capable de te croire !
L'EXTRA : ...Tu es un spécimen aux multiples dimentions, Riton...
...Riton sort du sous-bois qui entoure l'école, l'Extra le suit en reproduisant tous ses mouvements...
RITON : ...Si seulement les gonzesses pouvaient t'entendre... Faut croire que là non plus, je suis pas crédible...
Ils longent le flanc du bâtiment et se dirigent vers un porche...
L'EXTRA (off) : ...J'aimerais te présenter à mes semblables...
RITON (off) : ...ça, t'oublies direct ! La vie, c'est pas du cinoche... Et tu finiras pas comme ton cousin Roswell !
Ils gravissent l'escalier en pierre qui mène à la cour de l'école...
L'EXTRA (off) : ...Chez-nous, il n'y a pas de division, ni de différence, non plus. Nous ne formons qu'un. Nos connexions entretiennent une affection commune. Quand l'un de nous s'enrichit, tous partagent son savoir. Réciprocité permanente...
Riton ouvre précautionneusement le portail et fait signe à l'Extra de le suivre : ils traversent la cour en direction des toilettes et du local aux poubelles... Leurs bottes s'arrêtent devant le couvercle de la fosse septique...
RITON (off) : ...C'est là !
De dos, une jeune femme arrive avec un sac poubelle à la main... Riton et l'Extra essaient d'extraire le bac de la fosse.
LA JEUNE FEMME (off) : ...La police municipale vous recherche !
Surpris, Riton et l'Extra se regardent puis se retournent vers elle : c'est la jeune femme du VTT, désormais habillée avec une robe légère, les cheveux défaits, le regard noir et les bras croisés devant elle avec son sac poubelle...
LA JEUNE FEMME (s'adressant à Riton) : ...C'est peut-être pas le moment de vous faire remarquer !? Alors, sortez avant que j'appelle les gendarmes !
Embarrassé, Riton lui sourit alors que l'Extra est subjugué par la jeune femme :
L'EXTRA (à voix basse) : ...Riton ! ...J'ai un phénomène étrange avec mon enveloppe humaine.
RITON (à voix basse) : ...Une extension musculaire, hors contrôle ?
L'EXTRA (à voix basse) : ...Avec une vive tension neurologique.
RITON (à voix basse) : Et le bout humide ? C'est normal. Chez-moi, c'est cyclique.
LA JEUNE FEMME (s'adressant à l'Extra) : Vous n'avez pas l'air de comprendre !? Vous êtes porté disparu depuis hier soir !
Souriant, l'Extra s'avance vers elle en lui tendant la main...
L'EXTRA : ...Je m'appelle Go-ofrt. Premier contact accidentel, mais chaleureux, merci !
Le sac poubelle s'écrase au sol : Riton intercepte le bras de l'Extra...
RITON (à l'Extra) : Le contact féminin ce sera pour ta prochaine virée en ville ! Alors, maintenant, tu fais ton truc avec ta main, sinon tu décolleras jamais !
LA JEUNE FEMME (inquiète) : ...Vous parlez de quoi, exactement ?
L'Extra tend son index vers la jeune femme : elle s'immobilise aussitôt. Satisfait, Riton retourne à la fosse septique et l'Extra le suit, embarrassé :
L'EXTRA : ...Pourtant ses ondes sont positives, Riton !
RITON : C'est pas parc'que t'as l'antenne qui se déploie que tu captes forcément quelque chose ! Y a autant de différence entre l'homme et la femme, que de kilomètres d'ici à rentrer chez-toi ! ...A croire qu'on arrive tous d'une autre planète !
Riton s'énerve après le bac déquanteur : l'Extra se retourne vers la jeune femme...
L'EXTRA : ...Si les hommes sont inégaux... à quoi sert la femme ?
RITON (se redressant, perplexe) : ...Tu connaissais pas l'existence des gonzesses !? ...Comment vous faites pour... J'veux pas être indiscret, mais... En fait, j'suis mal placé pour t'en parler. On devrait être complémentaire, mais aucune d'elles ne veux d'un p'tit bonhomme comme moi. A part les grosses cochonnes que ça fait rire !
...De rage, il tire sur le bac qui finit par céder...
RITON : ...Viens m'aider !!!
L'Extra le rejoint et ensemble ils sortent le bac déquanteur pour l'amener quelques mètres plus loin...
RITON (essoufflé) : ...ça n'a pas le même ciboulot que nous, c'est sûr ! Mais, j'peux pas t'donner les nuances de la vie intelligente, j'y ai pas été initié. Celle qui m'a mis au monde s'est barré sans m'filer le mode d'emploi...
Riton retourne fermer le couvercle de la fosse alors que l'Extra se retourne admiratif vers la jeune femme...
L'EXTRA : ...La gonzesse donne la vie !?
RITON : Bah ouais ! Et dès que t'as des mômes, t'es piègé par le système. C'est pour ça que j'préfère m'abstenir. Et toi, vas pas croire que t'es compatible !
De son pied, Riton renverse le bac : l'eau souillée se répend dans l'herbe et une centaine de petites roches volcaniques s'étalent jusqu'aux bottes de l'Extra. Ensemble, ils portent le sac poubelle remplit au maximum et passent à côté de la jeune femme restée immobile : ils s'éloignent en direction de l'escalier...
L'EXTRA (off) : ...Riton, j'ai le bout humide !
RITON (off) : ...Et bien te v'la devenu un homme. Tout à fait ordinaire... Et si un extraterrestre se laisse influencer par une gonzesse, ben j'donne pas cher de votre galaxie !
Près du plan d'eau, la caravane de Riton à l'air fermée, inoccupée...
L'EXTRA (off) : ...A part la femme, existent-ils d'autres espèces humaines ?
RITON (off) : ...Oui ! y a les gosses ! Mais, moi, j'en ai pas...
Dans sa caravane, Riton allume sa lampe à pétrol : l'Extra tend ses deux mains vers lui, les paumes vers le bas...
L'EXTRA : ...Alors, viens avec moi, Riton. La connexion équilibre les potentiels. Sans contrainte de temps ou de corps. Nos entités peuvent fusionnées.
RITON (reposant sa lampe) : J'suis peut-être tordu, mais pas au point de représenter l'humanité à moi tout seul !
L'EXTRA : Je peux aussi reproduire les espaces et les formes. Tu gardes tes repères... C'est juste un dédoublement mental.
RITON (inquiet) : ...ça veut dire quoi ?! ...Tu vas m'téléporter chez les cinglés ?
L'EXTRA : ...L'individu est indivisible. Il faut laisser ton enveloppe ici... Tu m'as sorti de la mouise, Riton. J't'embarquerai pas dans une embrouille ! L'expérience est réglo. Tu peux m'faire confiance !
RITON (perplexe) : ...Ah bon ! ...Si tu l'dis comme ça...
Riton avance timidement les mains, paumes vers le haut, sous celles de l'Extra : alors que les mains se rapprochent, un arc électrique violacé s'intensifie et la lumière d'un girophare bleu tournoie derrière la vitre... Riton et l'Extra restent perplexes...
RITON : ...T'attends du monde ?
Une petite lumière se balade au milieu du champ, trois étoiles filantes traversent le ciel étoilé... Riton regarde derrière lui, l'Extra le devance avec le sac poubelle...
RITON : La maréchaussée va pas aimer le coup d'la panne, c'est sûr ! Plus l'embrouille au bal, ça va être ma fête !
L'agent municipal apparaît, anxieux... Riton et l'Extra s'approchent d'une lueur orangée, l'Extra sort les billes de roche volcanique du sac poubelle qu'il envoie ensuite dans le cratère : la lueur vire au violet et la lumière s'intensifie. L'agent est pétrifié. L'Extra et Riton se tournent lentement l'un vers l'autre...
L'EXTRA (lui présentant ses mains) : ...On aurait aussi besoin d'un vaccin, en cas de contagion humaine.
RITON : ...Au point où j'en suis ! Riton, l'antidote du monde !? (lui présentant ses mains) ...Tapes en dix, mon frère !
L'Extra saisit les mains de Riton et ils partent en transe dans un puissant halo blanc... Paniqué, l'agent fait marche arrière, hésite, revient en bafouillant... Riton se redresse, les cheveux debout sur la tête alors que l'Extra s'écroule raide : hagard, Riton observe la lumière qui s'élève à côté de lui... L'agent s'approche de cette grosse boule rouge étincelante qui s'élève lentement avant de disparaître très rapidement vers les étoiles... Le corps figé de Riton, roulant sur ses éperons, est tiré par l'agent qui s'égosille dans sa radio...
L'AGENT MUNICIPAL : ...C'est deux alcoolos qui se sont mis sur la gueule un soir de beuverie, y en a un qu'est mort et l'autre qui vaut pas mieux ! ...J'en sais rien pourquoi y en a un qu'a tondu l'autre. Faudra demander ça au Psy !
Le directeur de la clinique et son adjoint s'avancent sur le perron donnant face au parc, ensoleillé :
LE DIRECTEUR : Bon ! Je crois que ça suffit pour aujourd'hui, la partie de campagne. Vous allez me rentrer tout ça ! (regardant le ciel) Et puis il va pleuvoir !
L'ADJOINT (étonné) : ...Vous croyez !
LE DIRECTEUR : Mais, je suis le directeur de cette clinique, vous savez !
L'adjoint s'engage dans le parc en frappant dans ses mains pour le rappel des troupes : une vingtaine de patients en pyjama déambulent dans le parc sous la surveillance d'infirmières... parmi eux, assis sur un banc, Riton regarde devant lui en souriant... L'oeil de Riton devient la Terre autour de laquelle flottent les étoiles : passe l'étoile filante :
RITON (off) : ...Au fait, t'es quoi comme constitution ? Ou composition ?
L'EXTRA (off) : ...un gaz de molécules plasma-neurologiques iodées... Pour simplifier...
RITON (off) : ...Ah ouais ! ...Tu veux dire... j'parle à un prout ? ...Ah bon. Je parle à un prout !
FIN
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